l'étoile des toiles !

Publié le par martine chiorino

l'étoile des toiles !

La Nuit du 12 est un film policier de Dominik Moll, que l'on vient d'aller voir (et, manque de bol, pas de clim' dans la salle) et qu'on a absolument adoré.

Le pitch : Clara, une jeune femme d'une vingtaine d'années, rentre chez elle à pied la nuit après une soirée chez une copine, en pleine ville (St Jean de Maurienne), et elle est tuée d'horrible façon par un.e inconnu.e. C'est la PJ de Grenoble qui s'y colle...
Le  synopsis : À la PJ chaque enquêteur tombe un jour ou l’autre sur un crime qu’il n’arrive pas à résoudre et qui le hante. Pour Yohan c’est le meurtre de Clara. Les interrogatoires se succèdent, les suspects ne manquent pas, et les doutes de Yohan ne cessent de grandir. Une seule chose est certaine, le crime a eu lieu la nuit du 12.

Le truc a deux particularités : il est tourné ici, à Grenoble et pas loin en Savoie dans la vallée de la Maurienne. C'est d'ailleurs amusant car on en revient, du séjour jeu à Valmeinier (au dessus de St Michel) et ce sont donc des paysages que l'on connait par coeur. Et pour une fois, c'est bien filmé, on s'y retrouve, il y a les bonnes cohérences de temps et les vues sont emblématiques. Les images sont léchées sans tomber dans un effet docu / carte postale, juste la bonne distance, comme si le paysage était un personnage à part entière. Une seule petite entorse factuelle : ce qui est dans le film est censé être le palais de justice de Grenoble est en réalité la mairie (construite pour les JO de 1968). Dommage, car notre palais de justice est plutôt photogénique...
Et, sinon, pour terminer niveau décors, pour ce.ux.lles qui se demandent ou est la piste de vélo, (Yohann, le personnage principal est un pistard) c'est à Eybens.

Le second atout, c'est que d'entrée de jeu (pas de spoil, c'est écrit à l'écran de suite) on sait que l'enquête ne va pas aboutir, c'est un cold case...
Donc le film n'est pas un polar classique, c'est un récit sur le cheminement (non seulement sur l'enquête mais aussi leur évolution intérieure) des enquêteurs, sur les rencontres qu'ils vont faire. Là aussi pas de poncifs vus et revus sur les policiers, le regard du réalisateur est plein d'affection pour ses personnages et ils ont une vraie épaisseur. On suit surtout Yohann le chef du groupe, tout en tension intérieure, joué par l'excellent Bastien Bouillon, qui crève l'écran, et son acolyte et alter ego Marceau joué par Bouli Lanners, très bien employé, on voit là l'étendue de son jeu. Avec eux on trouve une galerie de personnages parfois un peu freaky, mais qui sont tous comme des petits cailloux blancs pour Yohann et son groupe...Au bout du compte, cela sera plus comme les miettes de pain en fait, vu qu'ils ne résoudront pas l'affaire.
Bref, un casting aux petits oignons, avec en guest star l'impeccable Anouk Grinberg, impériale et malicieuse dans le rôle de la juge opiniâtre. Et ses scènes sont parmi les plus belles scènes du film !

Le propos du film est clairement féministe, dénonce le côté violent de notre société, cette violence masculiniste qui conduit aux féminicides. Mais sans appuyer le trait et sans faire bêtement démonstratif : c'est comme ça, voilà, c'est toute l'enquête qui est sous tendue par cela. C'est bien plus effrayant et déprimant ainsi...Et aussi les suspects du meurtre de Clara sont tous plus bêtes et méchants les uns que les autres -bon, pondérons, au minimum ils sont..bizarres.
Et en face d'eux on voit le travail de fourmi des policiers, cette obstination méticuleuse. On comprend de quoi est fait leur quotidien (la photocopieuse qui est en rade, les dizaines de PV à taper...).  C'est très réaliste et a été salué comme tel. C'est parfois très drôle !

Sinon, mention spéciale pour les décors en intérieur, ça fourmille de ces petits détails que l'on ne voit pas vraiment mais qui sont indispensables. On se croirait vraiment à l'hôtel de police de Grenoble ! Le montage est parfait, avec des images lumineuses bien construites dans lesquelles le regard peut circuler. La BO est excellentissime pour un film de ce format avec des chansons inédites qui tiennent la route. La musique est d'Olivier Marguerit, qui avait officié sur ONODA, film que nous avions beaucoup aimé également, et dont nous avions tout particulièrement apprécié la BO très réussie. (voir critique cinézilk en fin de l'article).

Et une si jolie fin ! Yohann, qui pour se détendre la nuit allait tourner en rond à l'horizontale sur sa piste de vélo, tout en puissance rentrée, un peu comme un miroir de son enquête qui avance mais ne progresse pas, se boucle sur elle-même, ira enfin aller rouler dans la nature et grimper le col de la Croix de Fer (un des cols des Alpes mythiques, vu et revu dans le tour de France, scène filmée ici au col du Glandon). Un vrai "cheminement", donc...

Bref, un des tous meilleurs films vus depuis longtemps : ne passez pas à côté !

"Olivier Marguerit a fait la BO du film, Dominik Moll avait fait appel à Benedikt Schiefer sur son précédent film "Seules les bêtes" (2019). La partition propose un thème vocal et des cordes au mouvement indolent, partagée entre les pulsions de mort et de vie, à la fois sombre et lumineuse. On y entend trois chansons originales : "ANGEL IN THE NIGHT" (Dominique Moll / Olivier Marguerit) est la chanson (interprétée par Stéphane Milochevitch) qu'un des suspects entonne devant la tombe de la défunte, sensée provenir d'un groupe fictif des années 80, "CLARA", chanson au nom de la victime écrite par une de ses relations dans le film incarnée par le rappeur Nathanaël Beausivoir, et enfin "WHITE FLOWERS" (Shanti Masud / Olivier Marguerit), chanson de fin interprétée par Mina Tindle."
(critique cinézilk)

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