série, petit séjour dans la navy!

Publié le par martine chiorino

série, petit séjour dans la navy!

Vigil : the deeper you go, the darker it gets

Le festival séries mania s'est tenu cet été à Lille, et rappelons qu'il permet effectivement de découvrir de nouvelles séries à regarder pour tous les accros (dont nous sommes) : n'hésitez surtout pas à aller sur leur site pour vous constituer une watching wish list !

Sa séance d'ouverture a décoiffé -de l'avis assez unanime des spectateurs- avec le pilote de la mini-série de la BBC VIGIL (en 6 épisodes de 1H).
Et effectivement, ne passez pas à côté de cet OFNI (objet filmé non identifié).
Bon, alors, c'est quoi VIGIL, en fait ? (déjà, rien que le nom intrigue...)
Et bien, c'est un feuilleton policier anglais (on adore les séries policières anglaises) qui est une espèce de rencontre à première vue improbable entre Morse (ou encore Happy Valley), Gentleman Jack et à la Poursuite d'Octobre Rouge (le film), le tout soupoudré de the Hot Zone, mâtiné de State of Play avec un petit zeste de GoT (aka Game of Thrones), mais le zeste qui parfume bien le tout. Et ça marche plutôt très bien !
La série est de Tom Edge, auteur du biopic JUDY (sur Judy Garland), lequel film a valu un oscar à Renée Zellweger.

Le pitch est simple : VIGIL est...le HMS VIGIL un sous marin nucléaire anglais, dans lequel un sous-marinier est trouvé mort, après qu'un chalutier écossais ait mystérieusement coulé pas loin (impressionnante séquence d'ouverture). C'est la police écossaise qui va devoir enquêter sur le bateau, parce qu'il est à ce moment là dans les eaux territoriales de la Grande Bretagne, au large de l'Ecosse. On se retrouve vite avec un gros sac de noeuds entre la police, la navy et le MI5, et les habituels concours de "qui a la plus grosse".
A part que les concours tournent court, car les enquêteurs de la police écossaise sont des enquêtrices : la DCI Amy Silva et la DS Kirsten Longacre.

Et là, petite digression sur le casting qui est du type 5 étoiles. Comme vous avez vu la photo en haut c'est un peu spoilé, vous savez donc que les cops sont respectivement Suranne Jones (Amy Silva) et Rose Leslie (Kirsten Longacre). Rappelons un peu leur pédigrée, pour ceux/celles qui auraient hiberné dans une grotte pendant 10 ans (et oui, GoT ça a commencé il y a 10 ans déjà...).
Suranne Jones c'est la comédienne qui joue Anne Lister (considérée comme la première gouine "historique") dans Gentleman Jack (au passage : une série excellente à voir absolument, la saison 2  est en tournage), et dont la prestation a été remarquée et saluée.
Rose Leslie, c'est rien moins que Ygrid (aka Ygritte) dans GoT, une guerrière, la compagne de John Snow (le héros de la série, joué par Kit Harrington), un personnage de femme libre qui dépote et bastonne (après, dans GoT, des persos féminins qui décoiffent, voilà...). Elle a aussi interprété Maia Rindell dans the Good Fight, et joué dans Downtown Abbey. A noter que dans la vraie vie elle est d'une part issue de la noblesse écossaise (son père est chef de clan, sa famille possède un château du XIIème siècle et elle a un roi d'Angleterre dans ses ancêtres) et d'autre part la femme de Kit Harrington (donc, son ex partenaire de GoT). Ils ont eu leur 1er enfant en février de cette année, elle était enceinte pendant le tournage de VIGIL, et comme avec le covid le tournage a été interrompu, elle était très enceinte de 8 mois à la fin...Mais cela passe à l'écran.
Les deux héroïnes sont entourées par plein d'autres comédiens chevronnés :
-Le capitaine du VIGIL est joué par Paterson Joseph, vu dans plein de trucs, de Law and Order UK à the Leftovers, en passant par the End of the F...World (au passage : autre série excellente à voir absolument)
-Le timonier (coxwain) est interprété par Shaun Evans, l'inoubliable Morse (Endeavour)
-Le chef de la police écossaise est campé par Gray Lewis, qui a joué dans à peu près toutes les séries policières anglaises, dans Outlander et His Dark Materials (encore pour les séries) et dans Billy Eliott et Gangs of New York (pour les films)
-Le contre amiral Shaw est joué par Stephen Dillane, le Stannis Barathéon de GoT.
-Aussi vue dans Outlander,  Lauren Lyle joue ici Jade Antoniak, une activiste.

Donc, le casting est solide, tous les comédiens y compris les seconds rôles sont impeccables et apportent une vraie épaisseur aux personnages, bien écrits il faut dire. L'enquête elle même est très prenante, au fur et à mesure que les pistes explorées s'épuisent les unes après les autres, que le récit se resserre et que les fils de l'intrigue se dénouent, les personnages deviennent plus affutés, la tension augmente et le récit devient plus dynamique et plus physique.

Sinon, décors studios et choix des extérieurs sont réussis, la série est tournée en Ecosse (à Glasgow pour les scènes urbaines), ce qui bien entendu a du réjouir Rose Leslie. La base maritime, Dunloch, est un décor inspiré de HMNB Clyde (Fanslane, Ecossse), la vraie base qui est le port d'attache des sous marins britanniques. Le décor du sous marin est réalisé entièrement en bois d'après des témoignages d'anciens sous mariniers car on ne trouve pas sur le net les photos de l'intérieur ni les plans d'un sous marin nucléaire. C'est plutôt réussi, on éprouve bien le sentiment d'enfermement omniprésent (sentiment qui à un moment va déborder Amy). Les couchettes dans lesquelles lorsque qu'on se couche on a quasi le nez qui touche le "plafond" sont très impressionnantes, et l'aspect labyrinthique du bateau ajoute au dépaysement. Le sous marin en devient presque un personnage à part entière.

Le générique est parfait, montage léché très fluide et esthétique avec des éléments colorés se superposant à des vues de parties du sous marin dans des tons gris. La seule vraie touche de couleur, ce sont les crédits et le titre, en rouge sang. Le tout sur une chanson mélancolique, éthérée et mélodique de l'auteur compositeur-interprète danoise Agnes Obel "Fuel to the Fire", titre extrait de son album de 2013 Aventine.

La particularité de l'histoire, c'est qu'elle se déroule en parallèle et en même temps dans le sous marin et à terre, les deux parties de l'enquête étant pilotées chacune par une enquêtrice, Amy sur le bateau et Kirsten à terre. Et, comme elles ne peuvent pas communiquer librement, et qu'en plus le sous marin ne peut envoyer de message à l'extérieur, elles sont obligées d'utiliser un code personnalisé, en faisant référence à des faits de leur passé commun. C'est là que l'on va découvrir qu'elles ont eu une liaison. Et là toute fille branchée filles se dit que c'est une espèce de rêve que de voir Anne Lister rouler une pelle à Ygrid...ou l'inverse ? (je confirme ça l'est).
Bref, les moments de solitude des deux personnages (Amy est plus ou moins "mise aux arrêts" puis enfermée dans un tube lance torpille, Kirsten vit en son absence dans l'appartement d'Amy pour "garder le chat") donnent lieu à une succession de retours en arrière judicieux qui éclairent le présent à la lumière du passé. On cerne mieux le personnage d'Amy, sur la vie duquel on va avoir plusieurs éclairages, y compris avant sa rencontre avec Kristen.
Ce système de récit double mâtiné de flashbacks très malins permet d'avoir plusieurs entrées dans l'histoire sans alourdir le propos, et introduit une respiration dans un scénario dense et complexe, mêlant récit policier, film de guerre, espionnage, stratégie, politique et géopolitique, thriller terroriste et plus si affinités ! (et finissant par évoquer l'homoparentalité).

Sinon, force est de constater que les deux comédiennes fonctionnent bien ensemble, on croit à leur histoire. Rose Leslie, convaincante avec des moments d'éclat dans GoT, transparente pour ne pas dire inexistante dans The Good Fight (des critiques s'étaient interrogés sur son talent d'actrice à l'époque) est ici vraiment très bien. Même si le personnage d'Amy (et elle le verbalise) est le plus dur, pro, et expérimenté, (pour ne pas dire butchy et bossy) on voit vite que c'est Kristen qui tient les rênes de l'affaire (déjà c'est elle la gouine de l'histoire) et qu'elle va faire ce qu'il faut pour que tout cela finisse, bien et vite, et que son ex rentre en un seul morceau (j'ai adoré la scène de la visio-conférence navy/police/MI5 avec la ministre).
A noter que pour les deux actrices, ce n'est pas la première fois qu'elles jouent un personnage homo (3 fois pour Rose Leslie, 2 fois pour Suranne Jones) alors qu'elles sont complètement straight toutes les deux, et ça marche bien, il y a une vraie alchimie entre elles. Tout ça pour dire que comédien, c'est un boulot, qu'un bon pro peut jouer une table basse s'il le faut, au grand dam de tous ces discours mélangeant la vie et la fiction qui revendiquent que seul un trans peut jouer un trans, un homo un homo, etc.
Après autant l'aspect homo de la série est abordé dans des critiques anglo-saxonnes de la série, autant ici, c'est néantisé...Avec la palme au pauvre gars qui a écrit ce qui est en dessous...Bon, on n'a clairement pas vu la même série (et d'autre part on n'a pas la même définition de ce qu'est un cliché...). Parce ce quoi qu'il en soit, leur connivence et leur lien mettent les personnages de Amy et Kristen au centre de la série, et la connaissance qu'elles ont chacune l'une de l'autre est la colonne vertébrale de l'histoire.
"...si l’enquête se suit avec attention, il est légèrement regrettable de combler les soixante minutes d’épisode avec des flashbacks qui semblent partir dans des clichés dispensables."

Le seul truc qui est du déjà vu, c'est l'histoire du flic "traumatisé-qui a des problèmes perso-un vécu lourd". Mais bon, c'est un ressort qui fonctionne en général, ça a donné l'excellent "Happy Valley" cité tout là haut au début.

Pour finir, on constate que tout ça est bien filmé (ce qui n'est pas évident avec l'espace confiné du sous marin), que le montage est vraiment travaillé pour que le spectateur s'y retrouve entre les deux réalités traitées en parallèle et truffées de flashbacks façon puzzle. Les scènes d'action sont crédibles (à noter qu'une partie de celles de Suranne Jones ont été faites par la comédienne elle-même).
Et aussi, l'intérêt du spectateur est maintenu par des cliffhangers de fin d'épisode.
Le dernier épisode est particulièrement brillant, avec cette ambiance à la Alien (le film). Le sous marin évoque irrésistiblement le Nostromo (le vaisseau spatial) avec ses couloirs étroits longés de tuyaux et ses passerelles métalliques. On retrouve même dans le final de Vigil des éléments comme le scaphandre volumineux éclairé à l'intérieur du casque, les lumières clignotantes dans les coursives, et la vapeur de la fin du film quand Ripley essaie de se débarrasser de l'alien en l'éjectant dans le vide intersidéral. Car, pour le sous marin comme pour le vaisseau spatial, le milieu extérieur est hostile, et pour se débarrasser d'une menace la seule solution est de l'évacuer dehors. Et enfin l'aspect queer, butchy ou crypto-gay du personnage de Ripley -et son petit débardeur blanc- est à rapprocher de l'apparence du personnage de Amy -avec son petit débardeur noir-.

Bon, le trailer est en dessous, et jetez un oeil à cette mini série solide et haletante, même si vous n'aimez pas...les sous marins.
Et, au fait, la série, déjà disponible sur le catalogue Netflix,  devrait sortir sur Arte prochainement, en principe début 2022 !

Publié dans série

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article