10 000 nuits et autant de jours...

Publié le par martine chiorino

10 000 nuits et autant de jours...

ONODA, 10 000 NUITS DANS LA JUNGLE
film du réalisateur français Arthur Harari
sorti pour Cannes 2021, film d'ouverture de la section "un certain regard"
(trailer lien en bas)


Ma première sortie ciné depuis le début de l'épidémie...

C'est l'histoire vraie d'Hiro Onoda un soldat japonais qui est resté caché -et a continué la guérilla- dans la jungle philippine pendant 30 ans après la fin de la 2nde guerre mondiale (il aura des compagnons et en fait ne sera seul que les deux dernières années). Il en est sorti en 1974, je m'en souviens très bien, j'étais ado.
C'était un phénomène assez récurent jusqu'à cette date, qu'on retrouve des soldats japonais qui ne savaient pas que al guerre était finie. Ce sont les "stragglers" (trainards, retardataires,...) ou "holdouts" qu'en français on appelle "les soldats restants". (voir lien en bas pour en savoir plus). Il y a en eu plein, mais le plus célèbre, et le dernier à s'être rendu est Hiro Onoda (vidéo présentant son histoire, lien en bas).
Peu après sa reddition, il avait sorti ses mémoires, qui n'ont été traduites en français que l'an dernier, en 2020, sous le titre "au nom du Japon". L'édition en poche est annoncée pour début octobre.
Avant cela, un seul livre était sorti en français en 1974, qui vient d'être réédité, livre largement traduit du japonais reprenant son autobiographie, c'est "Onoda 30 ans seul en guerre", par Gérard Chenu et Bernard Cendron chez Arthaud. A noter que les auteurs l'ont rencontré, l'interview est dans le bouquin, ainsi que divers appendices : le point de vue japonais sur la reddition d'Onoda, le cout des recherches pour le retrouver, les stragglers, etc.

Onoda, avant ce film, a été présent dans diverses oeuvres de fiction :
-On peut le voir au tout début du film "
Le Crabe-Tambour" de Pierre Schoendoerffer.
-Un vaisseau spatial dans le roman de SF "La Guerre spéciale" de
Xavier Mauméjean porte son nom.
-Son histoire est résumée dans l'épisode 8 de la 3ème saison de la série Fargo.
-Le groupe de rock progressif Camel lui a consacré l'album "Nude" en 1981.
-Son histoire sert de toile de fond à l'épisode 14 de la 2nde saison de la série
L'Homme qui valait trois milliards intitulé "Kamikaze". On aperçoit la photo d'Onoda sur un diaporama que montre Oscar Goldman à Steve Austin au début de l'épisode.

En ce qui concerne le film, c'est très bien joué, le casting est solide et homogène, et les comédiens sont tous impeccables. Le réalisateur (français, donc) a choisi de tourner en japonais, ce qui a mon sens, était assez indispensable et nous immerge d'autant plus dans l'histoire. Celle-ci est assez fidèle à l'autobiographie d'Onoda, malgré quelques licences parfois un peu étranges. Par exemple c'est son père qui lui offre son couteau dans le film alors que dans la réalité l'arme appartient à la famille de sa mère, et que c'est bien celle-ci qui la lui donne. Pas assez viriliste comme anecdote ? Bref...On a aussi un personnage féminin autochtone qui n'apparait pas dans le récit d'origine, élément scénaristique anecdotique et racoleur (on sait qu'ils ont passé 30 ans sans femme !).
Un soin tout particulier est apporté à la bande son, la musique est presque un personnage à part entière du film, rythmé par des chansons traditionnelles japonaises qui ont une vraie importance dans le récit.
L'image est à la fois somptueuse et documentaire, entre création et illustration, entre violence et paysage paradisiaque. C'est obligé, on pense ici à la Ligne Rouge de Terrence Malick, qui se passe aussi dans le pacifique pendant la seconde guerre mondiale et nous plonge dans le même climat, entre film de guerre et carte postale. Mais ici, c'est vu du côté japonais, sujet peu abordé dans le cinéma occidental, sauf bien entendu par Clint Eastwood dans (l'excellent) "lettres d'Iwo jima".
Le film est construit comme un grand flash back, il débute au moment ou Onoda rencontre le contact qui va l'amener à sortir de la jungle, puis rembobine toute l'histoire. On suit ainsi l'évolution d'Onoda depuis sa formation militaire, puis sa vie sur l'ile avec ses 3 compagnons. Tous vont se persuader que la guerre n'est pas finie, malgré les informations qu'ils obtiennent et les expéditions de recherche qui vont entrer en contact avec eux -ou, du moins, essayer.
C'est d'ailleurs très étonnant, en ces temps de covid ou les théories complotistes font florès,  de voir comment ces hommes arrivent à distordre la réalité extérieure pour la faire coïncider avec leur réalité propre, dans laquelle le Japon est toujours en guerre. Par exemple, ils savent que des JO (déjà...) ont eu lieu à Tokyo en 1964 et que le Japon est devenu une grande puissance économique, mais ils construisent une théorie dissociant la guerre de l'économie et du sport...
Enfin, le film dure près de 3 heures mais très honnêtement on a pas vu le temps passer.

Publié dans cinéma

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