un peu d'art...

Publié le par martine chiorino

un peu d'art...

Encore une oeuvre de notre street artiste locale, Petite Poissone, qui pour le coup était au Mans...
Et un très beau texte de Laëtitia Bischoff sur l'artiste qui expose jusqu'au 17 avril au LAVOMATIK à Paris :

"Au-dessus de la signature rayée mais lisible de Petite Poissone, se distillent différentes saveurs d’aphorismes. La langue de Shakespeare se conjugue en jeu télévisuel : « to be, tapez 1, not to be, tapez 2 ». Les vies quotidiennes prennent rue, se mettent en vitre. Au-devant d’un immeuble, est apposé un texte qui débute par « Ici naquit Josette… ». La poésie métisse, elle transperce les factions, puise dans tous les registres. N’en déplaise à qui que ce soit, elle est géométrie et référence variable. 

Pochoirs ou stickers, le lettrage est gracieux mais le texte se joue de l’amour avec des réalités toutes crues : « tu sens la clope et le vieux chien battu mais qu’est-ce que t’es beau tout nu ». Les jeux de mots aussi en sont pour leurs frais : « Le temps de dire ouf et tu le deviens ». La Petite Poissone, grenobloise en migration citadine, s’offre les cimaises du Lavo//Matik à Paris, l’occasion de ne pas manquer sa verve encadrée ou posée sur l’envers d’un fer à repasser. 

Suivant les semelles de Miss Tic ou de Wrdsmith, Petite Poissone est street poète(sse). C’est le mobilier urbain qu’elle préfère, les bancs, les boites aux lettres, les ponts, les portes. Ça résonne avec nos allers et venues, nos rencontres fortuites, le petit lieu où quelque couple pourrait se dire « nous n’irons plus jamais où tu m’as dit ta gueule ». 

Le premier degré si vite énoncé, voici où s’engouffre une poésie non farcie, sans transcendance mais dotée d’une franche répartie : « même si tu revenais, je crois bien que ce jour-là j’ai poney ». Les univers se télescopent pour désenfler les idéaux, Dieu, le fric, l’industriel Zara, les mots de Macron, le pétrole et le 8 mars. Il s’agit de sertir une brèche dans les idées, dans les phrases si bien rodées des chansons, des discours, des images d’Épinal : « La France d’au fond à droite en sortant de l’ascenseur social ».

 Ce ne sont pas tant des énoncés de lutte, que des mises en doute, des mises en carafe ; et s’il y a quelque combat dans le travail de la Petite Poissone, ce serait, il me semble, pour que chaque femme se défasse des balivernes qu’elle porte, au-dedans et au-dehors : « Marie – Odile, on t’a menti/ Tu es l’homme de ta vie ». L’artiste dézingue la place si vite assignée à chacun : « (Erratum) : Contrairement à ce qui a été annoncé, la femme ne sera pas l’avenir de l’homme, qu’il se démerde ». Au Lavo//Matik sont présentés des fonds de pochoirs, des dessins, des collages aux techniques mixtes, le revers, l’avant ou l’après de la ville, la fabrique des mots. Car quand ils ne sont pas dans la rue, c’est avec des images anciennes et des objets du quotidien qu’ils trouvent leur place.  

Sans faction que le bien–être de soi-même, sans patrie que celle de chaque existence quotidienne, Petite Poissone œuvre pour un élan doux et lucide sur nos petits et grands sentiments de merde. Merci à elle. Petite Poissone, « la vie est belle quand tu t’en mêles ». 

Texte de

 

 

Publié dans art

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article