MP#67 de la violence d'état comme sujet d'histoire

Publié le par martine chiorino

MP#67 de la violence d'état comme sujet d'histoire
MP#67 de la violence d'état comme sujet d'histoire

DERF BACKDERF " Kent state : quatre morts dans l'Ohio"
chez ça et là, sorti le 10 septembre.

Reportage Arte, lien en bas.

Il y a 50 ans, le ‎4 mai 1970, 4 étudiants de l’Université de Kent State, dans l’Ohio, étaient tués et 9 blessés (dont un paralysé à vie) par la Garde nationale lors de la répression d’une manifestation pacifique contre l'intervention militaire américaine au Cambodge. Les militaires ont fait feu à 67 reprises en 13 secondes. Suite à cette fusillade, une grève et des manifestations impliquant 4 millions d'étudiants entraînèrent la fermeture de centaines de facs et d'établissements scolaires à travers les USA.

L'invasion du Cambodge, annoncée en 1970, fut perçue par ceux qui avaient espoir que la guerre du Vietnam prenne fin rapidement (Nixon avait promis de mettre fin à cette guerre dans son programme électoral) comme un échec et comme un embrasement du conflit. Les étudiants et professeurs étaient inquiets du risque d'être appelés à combattre dans une guerre à laquelle ils étaient farouchement opposés. Rappelons qu'à l'époque, la conscription se faisait par tirage au sort, la draft lotery, du jamais vu depuis la 2nde WW. Tout le monde pouvait partir.

Cet évènement est resté très vivace dans la conscience collective américaine. Cette tuerie a inspiré de nombreuses oeuvres :
-musicales : la plus connue étant la chanson Ohio de Crosby, Stills, Nash & Young, sortie quelques semaines après les faits
-littéraires : Harlan Ellison publie en 1971 un recueil de nouvelles dédié aux victimes du massacre, Allen Ginsberg mentionne la fusillade dans un poème en 1975.
-cinématographiques : le film
Nixon d'Oliver Stone montre des images réelles de la fusillade et donne une grande place à l'événement, le film les Watchmen de Zack Snyder fait référence à la fusillade dans son générique d'introduction.

C'est la première fois que le massacre est raconté de façon visuelle avec cette BD : le dessinateur de BD américain Derf Backderf a consacré à cet épisode marquant de l’histoire américaine un album minutieusement documenté, qui a nécessité 4 ans d'enquête et de travail.

Nous avons déjà parlé ici de Derf Backderf, dont nous avons tous les albums, dont "Mon ami Dahmer" (prix révélation à Angoulème 2014) sur le tueur en série dont il était un camarade de classe.

Né en 1959 à Richfield, dans l’Ohio, Il a grandi à une trentaine de minutes de l’Université de Kent State et avait dix ans aux moments des faits.

"Je me souviens du jour où on a appris le massacre. Je livrais le journal de l’après-midi dans mon quartier - c’était mon premier boulot! Je me souviens du gros titre et de ces photos désormais célèbres, des adultes qui murmuraient entre eux, de ma mère qui était bouleversée et des étudiants du coin qui s’indignaient. C’est toujours présent à mon esprit."

"Les gens doivent comprendre que lorsque vous menacez ceux qui détiennent le pouvoir, que vous les menacez réellement, leur réponse peut être mortelle. Cela ne veut pas dire que nous ne devons pas menacer leur pouvoir. Trump est un excellent exemple de cela. Mais nous ne devons pas être naïfs sur les terribles exactions qu’ils sont prêts à commettre pour conserver leur pouvoir."

"Cela ne fait aucun doute que le pire reste à revenir. Je suis terrifié rien qu’en pensant à ce que Trump fera s’il est acculé et désespéré. Il serait prêt à brûler le pays tout entier pour rester au pouvoir. Je ne suis pas optimiste à propos de ce qui va se passer à l’automne. Cela va être horrible."

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