MP#68 le roman graphique tel qu'en lui même

Publié le par martine chiorino

MP#68 le roman graphique tel qu'en lui même

Un roman graphique (en anglais : graphic novel) désigne généralement une BD longue, sérieuse et ambitieuse, destinée à un lectorat adulte, et publiée (en général) sous forme d'albums one shot. Apparue dans les 60's, l'expression est popularisée à la fin des 70's par l'américain Will Eisner. Ce terme est pris par les éditeurs américains qui y ont vu un moyen de vendre des comics à un public plus large. Au même moment, de nombreux éditeurs francophones ont associé le terme "roman" à des bandes dessinées destinées à un public adulte. Dans tous les cas, il s'agit d'une expression utilisée pour légitimer la bande dessinée et l'éloigner du caractère soi-disant "infantile" associé à sa dénomination courante afin de «séduire un public qui n’avait pas nécessairement l’habitude de considérer la BD comme une littérature à part entière».

Voici une liste des oeuvres marquantes et de nos chouchoux, plus quelques recommandations annexes. Les 10 premiers ouvrages sont des classiques absolus, les indispensables du genre.

-HUGO PRATT "Corto Maltese : la ballade de la mer salée"
Le grand maitre de la BD contemporaine propose ici son chef d'oeuvre qui met en scène pour la première fois son alter ego, le marin aventurier Corto Maltese. Le dessin en noir et blanc d'une grande acuité, trèsesthétique,  met en valeur un scénario d'un rare intelligence, ou la grande culture -en particulier ésotérique- de Pratt, féru d'histoire, transparait. Chef d'oeuvre définitif et intemporel.

-KEIJI NAKAZAWA "Gen d’Hiroshima"
L'histoire autobiographique retrace le parcours de la famille Nakaoka à Hiroshima, du printemps 1945 au printemps 1953 en se centrant sur le bombardement atomique du 6 aout 1945. Le récit est basée sur la vie de l'auteur, survivant du bombardement où il perdit son père, sa sœur et son frère cadet. Un roman existe : "J'avais six ans à Hiroshima, le , 8h15".

-MARJANE SATRAPI "Persépolis"
On ne présente plus la BD autobiographique de l’iranienne Marjane Satrapi, vrai chef d’oeuvre. L’autrice y retrace les étapes marquantes qui ont rythmé sa vie, de son enfance à Téhéran pendant la révolution islamique à son entrée difficile dans la vie adulte en Europe. A la fois témoignage historique et réflexion sur l'identité et l'exil, Persépolis est le plus grand succès éditorial de la bande dessinée alternative européenne des années 2000. Un film d'animation d'après la BD est sorti en 2007.

-ART SPIEGELMAN "maus"
On ne présente plus non plus le récit autobiographique d’Art Spiegelman, le chef d’oeuvre ultime de la BD contemporaine, subtile mise en abime de sa relation avec son père dont il raconte le vécu de survivant de la Shoah. Spiegelman a publié ensuite "MetaMaus, un nouveau regard sur Maus, un classique des temps modernes", où il explore les questions soulevées par sa bande dessinée Maus et livre un témoignage sur son processus de création. Une des BD les plus primées au monde, l'oeuvre a en particulier reçu le prix Pulitzer.

-ALAN MOORE "watchmen"
et aussi : V pour vendetta, from hell, killing joke.
article lien en bas

Comme vous le comprenez, c'est l'auteur de BD le plus célèbre au monde et le plus talentueux. Toutes ses productions sont au top : les watchmen (les gardiens en français) est une des BD les plus primées au monde avec un Hugo, un Eisner, un prix à Angoulème, etc.
Le récit, complexe, brillant, qui dynamite le mythe du super héros, propose des retours dans le temps, des facs similés de documents et des points de vue alternatifs voire uchroniques sur fond de références pop et underground : c'est au lecteur de reconstituer le puzzle.
L'intrigue part du meurtre d'un super-héros avec la fin du monde qui menace en toile de fond. Le thème central, symbolisé par un smiley qui revient de façon récurrente dans l'album, est le sens de la vie dans le chaos de l'univers. Un film très fidèle a été tiré de la BD, et une suite est sortie en série TV en 2020.

-NEIL GAIMAN "Sandman"
La saga gothique, touffue et onirique (75 épisodes) du britannique Neil Gaiman est une série adulte dont le personnage principal est Dream, le maitre des rêves. Sandman (le marchand de sable en français) est une série de contes très différents les uns des autres, qui ont pour élément commun un ou plusieurs membres des Éternels, incarnations du Destin, de la Mort, du Rêve, de la Destruction, du Désespoir, du Désir et du Délire. Gaiman, romancier prolifique et scénariste de séries TV par ailleurs , auteur d'une culture éclectique et conteur brillant se réapproprie ici des éléments de différentes mythologies (nordique, celte, arabe, grecque, égyptienne, romaine, chrétienne, russe, aborigène, japonaise) et met en scène de nombreux personnages ou créatures historiques et mythologiques dans ces histoires parfois très noires, et souvent poignantes.
Il existe une mini série sur l'éternelle Death, à lire.

-KATSUHIRO OTOMO "Akira"
Voilà le chef d'oeuvre du manga, son arrivée en France dans les 90's grâce aux éditions Glénat fut un choc culturel absolu et lança le manga dans notre pays. Akira est un long récit de SF futuriste : Tokyo est détruite en 1982 par une mystérieuse explosion et cela déclenche la Troisième Guerre mondiale, entrainant la destruction de nombreuses cités par des armes nucléaires. En 2019, Neo-Tokyo est une mégapole sillonnée par des bandes de jeunes motards désœuvrés et drogués. Une nuit, l’un d'eux, Tetsuo, a un accident de moto. Blessé, Tetsuo est capturé par l’armée japonaise. Il est l’objet de tests dans le cadre d’un projet militaire ultra secret visant à repérer et former des êtres possédant des prédispositions à des pouvoirs psychiques (télépathie, téléportation, télékinésie, etc.). L’armée essaye de percer le secret de la puissance d'un de ces êtres, Akira, un enfant doté de pouvoirs psychiques extraordinaires et de la maîtriser pour s'en servir par la suite. Un film d'animation d'après la BD est sorti en 2007.

-FRANK MILLER "sin city" et "Batman : dark knight"
Hard boiled et très noire, voire gore, la série Sin City (7 tomes) est sexy et violente. Miller pousse ses thèmes de prédilection (mégalopole tentaculaire, violence urbaine, corruption) dans leurs derniers retranchements, avec un dessin en noir et blanc (avec de rares touches colorées) d'une maestria absolue. Un film est sorti en 2005.
L'histoire du dark knight se déroule dans une continuité alternative de l'univers DC dans laquelle Bruce Wayne, âgé de 55, ans sort de sa retraite pour combattre le crime et faire face aux forces de police de Gotham City et au gouvernement américain. L’histoire introduit le personnage de Carrie Kelley en tant que nouveau Robin et le gang des rues hyper-violent les Mutants. L'histoire présente également le retour d'ennemis classiques de Batman tels que Double-Face et le Joker, et culmine avec une confrontation avec Superman, qui travaille pour le compte du gouvernement. Sorti aussi en films. Chef d'oeuvre du comics.

-DANIEL CLOWES "ghost world"
Ghost World est une BD culte, qui met en scène un monde fantôme dans lequel vivent Enid et Rebecca, deux amies qui posent un regard impitoyable et sarcastique sur la société. Elles passent leur journées à errer dans la ville américaine où elle vivent, critiquant la culture populaire et les gens qu'elles rencontrent tout en se demandant ce qu'elle feront du reste de leur vie.  Un film d'après la BD est sorti en 2001.

-ALISON BECHDEL "fun home"
articles lien en bas

Autobiographique : connue d'un public initié pour sa longue série "dykes to watch for" (lesbiennes à suivre en français), Alison Bechdel obtient la reconnaissance du grand public et de la critique avec ce récit personnel. Elle y raconte son enfance et son adolescence auprès d'un père cultivé, peu aimant, "dans le placard" (homo refoulé) et propriétaire du "fun home" du titre : une entreprise de pompes funèbres. Le récit, non linéaire, voit s'accumuler par strates des anecdotes sur des incidents qui sont répétés à la lumière de nouvelles informations ou de nouveaux thèmes. Cette structure se tisse à travers des allusions à diverses œuvres de la littérature, de la mythologie grecque et des arts visuels.
Alison Bechdel a ensuite écrit "are you my mother ?" autre récit autobiographique centré sur sa mère.

Elle est à l'origine du test de Bechdel, qui permet l'évaluation de la présence féminine dans un film grâce à trois questions simples :
-Y a-t-il au moins deux personnages féminins portant des noms ?
-Ces deux femmes se parlent-elles ?
-Leur conversation porte-t-elle sur un sujet autre qu'un personnage masculin ?
Ce test est un indicateur de sexisme, dans la mesure où il montre l'absence ou l'aspect restrictif des rôles féminins au cinéma, qui sont soit inexistants, soit utilisés comme faire-valoir du héros masculin. La majorité des « blockbusters » échoue à ce test.

-JAIME HERNANDEZ  "locas"
Locas (ou Hoppers 13) est une série américaine qui suit les vies d'un groupe de personnage pour la plupart chicanos, depuis leur adolescence marquée par les débuts de la scène punk jusqu'à nos jours. Les deux personnages centraux sont Margarita Luisa Chascarrillo dite Maggie et Esperanza « Hopey » Leticia Glass, deux amies et parfois amantes dont les relations complexes sont le sujet des intrigues de nombreux épisodes. Une œuvre centrale dans l'histoire de la bande dessinée indépendante américaine.

-HOWARD CRUSE "un monde de différence"
Les thèmes principaux sont le racisme et la ségrégation des Noirs aux États-Unis dans les années 1950 et 1960, ainsi que la découverte de l'homosexualité et l'expérience de l'homophobie.
Le narrateur et personnage principal, Toland Polk, vit dans une ville imaginaire d'un état du Sud des USA, traditionaliste et opposée au mouvement des droits civiques. Jeune homme blanc, Toland baigne dans le racisme ordinaire, dans un quotidien de lynchages et de violences envers les Noirs. A travers diverses rencontres, il va prendre conscience des injustices qu'ils subissent. Orphelin, Toland vit chez sa sœur Melanie. Un ami de bowling, Riley, et sa copine Mavis, lui présentent leur ami Sammy Noone. Toland combat son homosexualité alors que Sammy s'assume pleinement comme gay. C'est dans une boîte de nuit pour les Noirs, le Melody, cible du Ku Klux Klan, que Toland voit pour la première fois des hommes danser entre eux. C'est là aussi qu'il rencontre Ginger, une jeune fille engagée pour les droits des Noirs.
Howard Cruse s'est imposé comme un représentant majeur de l'expression gay.
Prix Eisner du meilleur album en 1996 et le prix de la critique à Angoulême en 2002.

-EMIL FERRIS "moi, ce que j'aime, c'est les monstres"
article lien en bas

Emil Ferris est une dessinatrice américaine qui a surtout travaillé dans l'illustration. Elle acquiert une notoriété soudaine comme auteure de BD en 2017 avec Moi, ce que j'aime, c'est les monstres, récit de plus de 800 pages mettant en scène Karen Reyes, petite fille qui cherche à résoudre le meurtre de sa belle voisine juive rescapée de la shoah dans le Chicago des 60's. L'album, somptueux, primé dans le monde entier, est entièrement dessiné au stylo bille.

-POSY SIMMONDS "Gemma Bovery" et "Tamara Drewe"
Tragicomédie satirique inspirée du roman français du XIXe siècle Madame Bovary, Gemma Bovery raconte l'installation d'un couple d'Anglais dans un petit village normand, l'illustratrice Gemma et son mari Charlie Bovery, un ébéniste placide. Rapidement désenchantée, Gemma a des aventures qui conduise à une succession d'évènements plus ou moins dramatiques. Un film est sorti en 2014.
Tamara Drewe est l'amazone urbaine du XXIe siècle. Son retour à la campagne, dans le village où vivait sa mère, est un choc pour la petite communauté. Hommes et femmes, bobos et ruraux, auteur à gros tirage, universitaire frustré, rock star au rancart, fils du pays, teenagers, tous et toutes sont attirés par Tamara, dont la beauté pyromanecet les divagations amoureuses éveillent les passions et provoquent un enchaînement de circonstances aboutissant à une tragédie à la Posy Simmonds, c'est-à-dire à la fois poignante et absurde.
Librement inspiré du roman de Thomas Hardy "loin de la foule déchaînée".
Tamara Drewe a été adapté en film par rien moins que Stephen Frears.

-DERF BACKDERF "mon ami Dahmer" et "Kent state : 4 morts dans l’Ohio"
article lien en bas

Historique, autobiographique : nous avons déjà chroniqué ces deux albums de l'américain Derf Backderf, auteur brillant et incisif. Le premier raconte sa vie d'élève au côté du serial killer Jeffery Dahmer, un de ses condisciples. Le second narre de façon très documentée le massacre d'étudiants par la garde nationale lors d'une manifestation contre la guerre du Vietnam sur un campus américain.

-JUDE WINICK "pedro et moi"
Autobiographique : l'auteur, Judd Winick, raconte comment, en participant à une émission de telé réalité, il a fait connaissance avec un jeune gay séropositif d'origine cubaine, Pedro Zamora. Activiste engagé dans la prévention du sida, Pedro devient l'ami de Judd. À travers cette amitié, ce dernier va prendre conscience de son ignorance de la maladie.

-JOE KELLY "I kill giants"
article lien en bas

C'est l'histoire de Barbara, une petite fille perdue dans une vie de famille compliquée, victime de harcèlement à l'école, qui se réfugie dans un monde imaginaire bien plus commode. Elle est fan de Donjons et Dragons, et ne parle que de géants à tout le monde. Elle est convaincue qu'ils sont en marche et qu'elle seule pourra les arrêter. Elle est la tueuse de géants. Mais qui sont ces géants? D'où viennent-ils?
Un film a été tiré du livre.

-SHAUN TAN "là ou vont nos pères"
Là où vont nos pères (titre original The Arrival) est une BD muette de l'Australien Shaun Tan, en vignettes carrées sépia, et grandes planches d'après de vieilles photos.
Un père décide d'émigrer vers un endroit lui étant tout à fait étranger, et laisse derrière lui sa femme et sa fille. Il y découvre une culture et un environnement tout à fait différents. Chef d'œuvre de beauté, de poésie, d'empathie et de fantasmagorie. Fauve d'or à Angoulême.
Une très bonne adaptation en BD-concert existe.

-RICHARD MC GUIRE "ici"
Une autre Bd sans texte.
"Ici" (here) raconte l'histoire d'un lieu, vu d'un même point de vue, et celles des êtres qui l'ont habité à travers le temps. Dans cet espace délimité, les existences se croisent, s'entrechoquent et se font étrangement écho, avant d'être précipitées dans l'oubli. Dès 1989, Richard McGuire s'était fait connaître la publication des six premières planches de "here" dans le magazine Raw d'Art Spiegelman. 25 ans après, il en déploie le concept sur plus de trois cents pages, dans une fresque éblouissante de la mémoire et de la vie. "Ici" de Richard McGuire couvre des milliards d’années, de l’apparition de la vie sur Terre jusqu’à un futur lointain, depuis un seul et unique point de vue : l’angle d’un salon. L'américain Richard McGuire propose ainsi une expérience sensorielle inédite, puissante et presque magique du temps qui passe. 
Fauve d’Or du meilleur album de BD à Angoulême. Chef d'oeuvre.

-MARTIN KELLERMAN "rocky"
Autobiographique : le finlandais Martine Kellerman publie en strip depuis le début des années 2000 Rocky, son alter ego à tête de chien qui ne pense qu'à faire la fête et se taper des nanas. Une chronique sociale féroce et hilarante.

-JENS HARDER "alpha...directions"
14 milliards d'années résumées en 350 pages : Alpha ...directions relate et montre, en s’appuyant sur une synthèse des connaissances les plus actuelles dans tous les domaines du savoir (astrophysique, biologie, chimie, anthropologie, archéologie, etc.), l'évolution des formes de vie, depuis le big bang jusqu'à l'apparition de l'homme. Ces pages impressionnantes confrontent aussi l'état actuel de notre savoir avec les croyances et représentations des époques antérieures, souvent naïves ou fantastiques.
Unique et talentueux.
Il existe aussi beta.

-ULLI LUST "trop n’est pas assez"
Autobiographique :trop n'est pas assez (titre original en allemand : "aujourd'hui est le dernier jour du reste de ta vie") fait connaître Ulli Lust, illustratrice autrichienne. Racontant l'épisode de son épopée italienne de deux mois de 1984 (à 17 ans elle part 2 mois avec une amie sans papiers ni argent et échoue en Sicile), ce livre représente 1 380 jours de travail sur 4 ans.
Gros succès public et critique, avec plusieurs récompenses prestigieuses, dont le Prix Révélation du festival d'Angoulême 2011.

-DESIRE et ALAIN FRAPPIER "dans l’ombre de charonne"
Témoignage, historique : Après 8 ans de guerre, l’indépendance de l’Algérie est inéluctable. L’OAS (Organisation Armée Secrète) multiplie les attentats à la bombe à Paris. Le 8 février 1962, après 14 attentats des manifestants se regroupent aux cris de «OAS assassins», «Paix en Algérie». La manifestation organisée est interdite par le préfet Maurice Papon. La répression est terrible. La police charge avec une violence extrême. Prise de panique, Maryse se retrouve projetée sur les marches de l'entrée du métro Charonne, ensevelie sous les gens, tandis que des policiers enragés jettent des grilles en fonte sur cet amoncellement de corps réduits à l’impuissance. Bilan : 9 morts, dont un jeune apprenti, et 250 blessés.
50 ans plus tard, Maryse Douek-Tripier, devenue sociologue, livre son témoignage à Désirée Frappier.

-MARTIN VIDBERG "journal d’un remplaçant"
Autobiographique : le vécu d’un instituteur en I.R : Institut de Redressement pour élèves ultraviolets. Sa seule consigne : laissez tomber le scolaire, essayez juste d’installer une ambiance de classe. Il succède à deux professeurs qui ont craqué…

-FREDERICK PETEERS "les pilules bleues"
Autobiographique : le quotidien de l'auteur auprès de son amante, Cati, et du fils de celle-ci. Tous deux sont séropositifs, ce qui génère angoisse, colère et culpabilité, mais aussi fait émerger beaucoup d’amour.

-FABRICE NEAUD "journal"
Fabrice Neaud a un projet de BD autobiographique qui donne lieu à la publication de "journal" en 1996 par l’éditeur Ego comme X, dont il est l’un des membres fondateurs.
Alph’Art « Coup de cœur » au festival d'Angoulême.
En 4 tomes, le journal raconte la vie du narrateur, artiste homosexuel au chômage habitant une ville de province, qui sort la nuit dans les parcs pour faire des rencontres [et] qui tombe amoureux. Neaud utilise un style « sans fausse pudeur, sans faux-semblants, sans tabous » pour décrire de manière très précise son quotidien au moyen d'un dessin réaliste à la fois d'une grande habilité et parfois proche de l'abstraction. L'homosexualité constitue un thème central dans l'œuvre.

-JEROME RUILLIER "le coeur enclume"
Autobiographique : Sara est née prématurée et différente : elle est trisomique.
tout s’effondre pour ses parents, Annabelle et Jérôme : pourront-ils accepter l’enfant que le destin leur a envoyé et lui faire une place dans leur vie ? L’aimer ?

-JEROME RUILLIER "l’étrange"
Un homme quitte son pays natal pour tenter l’aventure dans un pays supposé plus prospère, mais dont il ne parle pas la langue, et surtout dans lequel il est sans papier. Il est ce qu’on appelle « un étrange ». Une fois débarqué de l’avion, son chemin croise celui de nombreuses personnes, qui simplement l’observent (un passager de bus, une voisine, une corneille), ou qui modifient son destin : la logeuse chez qui il s’installe, des bénévoles du Réseau d’aide aux étranges, des policiers, le patron qui l’embauche, un collègue, etc.

-MATTEO MASTRAGOSTINO "Primo Levi"
Biographie romancée : dans une salle d'école, la maîtresse avertit ses élèves qu'un homme va venir les voir pour leur faire un cours d'histoire. Il n'est pas professeur, mais le témoin vivant du drame que fut la seconde guerre guerre mondiale. Il s'appelle Primo Levi.

-ARI FOLMAN et DAVID POLONSKY "Le journal d'Anne Frank"
Belle réussite que cette mise en image du journal d'Anne Frank. Cette oeuvre est d'une grande fidélité au journal, au contexte historique, à l'essence même du journal, aux événements qui s'y déroulent, aux relations qui s'y jouent.
L'israélien Ari Folman a participé à la première guerre du Liban. Documentariste de formation, il est l'auteur de Valse avec Bachir, film d'animation César du film étranger. Il doit sortir une adaptation filmée du journal en 2021.
A découvrir absolument.

-EMMANUEL GUIBERT "la guerre d'Alan"
Historique, témoignage : le dessinateur Emmanuel Guibert devient ami avec un GI, Alan Cope, et va mettre en image ses souvenirs de la 2nde guerre mondiale et de la période qui a suivit.
Passionnant à tous points de vue.
Un autre volume "l'enfance d'Alan" est sorti ensuite.

-GAUTHIER " Justin"
Quand le prof de sport demande de former des équipe de filles et de garçons, Justine reste au milieu. Il sent bien qu'il n'appartient pas au genre qu'on lui a attribué mais il se persuade que tout le monde le sait, « sauf papa et maman ». Au fil de sa vie d'enfant, d'ado et de jeune adulte, souvent malmené et incompris, Justine va entreprendre de vivre qui il a toujours été, c'est-à-dire Justin.

-GLEN CHAPRON et YASMINA KHADRA "l’attentat"
D’après le roman éponyme : Amine Jaafari, arabe et israélien, est un chirurgien reconnu à Tel Aviv où il vit avec son épouse. Un jour, après un attentat meurtrier, la police israélienne l'informe que la kamikaze est sa femme. Brisé par cette révélation, Amine décide d'aller à la rencontre de ceux qui l'ont poussée à commettre le pire. À la recherche de la vérité, il va devoir se confronter à une réalité qu'il a refusé de voir, lui, l'Arabe si bien intégré.

-EMMANUEL MOYNOT et IRENE NEMIROVSKY "suite française"
D’après le roman éponyme : Suite française est une suite romanesque inachevée d'Irène Némirovsky (morte en dépotation en 1942). Parue chez Denoël à la rentrée littéraire 2004, elle lui vaut l'attribution à titre posthume du prix Renaudot et devient un best-seller.
L'idée d'un roman sur la
débâcle de juin 1940, l'exode et l'occupation allemande lui est venue dans le village du Morvan où elle s'était réfugiée avec son mari et leurs deux filles, réalisant trop tard que cela ne les protégerait pas du péril nazi.

-LIONEL PAPAGALLI et OLIVIER KA "pourquoi j’ai tué pierre"
Autobiographique : le scénariste, l'écrivain Olivier Ka, évoque pour s'en libérer l'agression sexuelle dont il a été victime pendant sa jeunesse. Le narrateur a été abusé, enfant, par un curé rondouillard et pédophile. Il s’est construit, ou détruit, autour de cet événement. Parvenu à l’âge adulte il cherche à recomposer son existence en réglant enfin son compte, le mieux possible, à ce fantôme étouffant.

-DANIEL BLANCOU "retour à saint laurent des arabes"
Autobiographique, témoignage : Robert Blancou et Claudine Cartayrade, jeunes instituteurs sont nommés à Saint-Maurice-l’Ardoise pour la rentrée 1967, découvrent une réalité dont ils ignorent tout : la condition des Harkis dans les camps militaires. Sans véritablement mesurer l’impact des traumatismes endurés par les familles, ils tissent des liens privilégiés jusqu'à la révolte de 1975 qui mènera à la fermeture du camp.

-TRONCHET "le chanteur perdu"
(déjà chroniqué : lien en bas)
Autobiographique : Tronchet met en scène un bibliothécaire en burn out qui part à la recherche du chanteur qu'il a écouté en boucle pendant sa jeunesse, Rémy Bé, auteur-compositeur-interprète franco-vietnamien si talentueux que Pierre Perret et Georges Brassens l'avait repéré.
Cet improbable road movie culturel nous ballade de la France dite profonde jusqu'à Madagascar, et nous propose une galerie de personnages savoureux et touchants. C'est grâce au décryptage des paroles des chansons que notre personnage poursuit sa quête.
Le plus étonnant, c'est que tout ou presque est vrai ! Grâce au site de Tronchet (lien en bas), vous pouvez écoutez les vraies chansons.

-MICHEL DUFRANNE "triangle rose"
Biographie imaginaire : de nos jours, 3 lycéens marseillais discutent du devoir d’histoire qu’ils doivent rendre sur les camps de concentration. Plutôt que de tout re-pomper sur le net, ce qui ne manquerait pas d’être repéré par la prof, l’un d’eux a une idée : recueillir le témoignage de son grand-père Andreas, qui a jadis été interné en tant qu'homosexuel dans un tel endroit.

-KIM ET ANTONIO ALTARRIBA "l'art de voler" et "l'aile brisée"
Un peu comme Alison Bechdel, Antonio Altarriba a publié 2 volumes biographiques sur son père puis sur sa mère.
Issu d'une famille rurale, le père d'Antonio Altarriba naît en Aragon à l'orée du XXe siècle. Son idée fixe est de quitter son village pour les lumières de la ville. Il rallie les cohortes d'espagnols exposés à toutes les rigueurs du temps : chute de la monarchie, guerre civile, dictature de Franco, exode, 2ème Guerre mondiale, retour et exil intérieur...À travers les tribulations extraordinaires de cet homme ordinaire, Altarriba et Kim donnent une dimension universelle à la trajectoire d'un individu lambda.
Sa mère Petra grandit marquée par l'absence de sa mère, morte en lui donnant naissance, et la dévotion qu'elle voue à son père, un homme brutal et dépressif. Maltraitée et exploitée, elle quitte son foyer pour être embauchée comme femme de ménage chez le gouverneur militaire de Saragosse. Là, son dévouement et sa discrétion lui valent rapidement du galon. La voici gouvernante de ce notable, royaliste opposé au régime de Franco, un autre paradoxe espagnol. C’est une jeune fille pimpante, mais cachant un profond dégoût des hommes, qui épouse finalement le père de l’auteur. Lequel verra en sa mère une femme craintive et froide, réfugiée dans la plus obtuse des ferveurs religieuses, meurtrie par un pays où le machisme sévit sans retenue. Il devra attendre ses derniers instants pour découvrir l’impossible secret de son aile brisée qui dessine d’elle un portrait bien différent de celui qu’il imaginait.

-SERGUEI DOUNOVETZ "l’ange de la retirada"
Historique : Victoria est une adolescente de 17 ans d’origine Espagnole qui vit à Béziers. Très proche de ses racines, elle pense aux nombreux réfugiés de la guerre civile, issus de la retirada, jusqu’aux dernières générations qui ont fui le franquisme et la famine. Elle imagine les soldats Allemands, pendant l’occupation, qui jettent les livres par la fenêtre pour les brûler ensuite dans la cour.

-PENELOPE BAGIEU "cadavres exquis" et "california dreamin' "
La française Pénélope Bagieu nous offre une fiction et une biographie, deux réussites.
Dans "cadavres exquis" Zoé a un boulot pas drôle : elle est hôtesse d'accueil dans des salons (de l'automobile ou du fromage) et doit faire bonne figure, debout toute la journée avec des chaussures qui font mal aux pieds. Le jour où elle rencontre Thomas Rocher, écrivain à succès, la vie semble enfin lui sourire. Mais pourquoi Thomas ne sort-il jamais de son appartement parisien ? L'amour peut-il vivre en huis clos ? Et quel est dans cette histoire le rôle d'Agathe, la belle, froide et machiavélique éditrice de l'écrivain ?
California Dreamin' est l'histoire de Mama Cass, la chanteuse des Mamas and Papas, d'après le titre de leur plus grand succès. Ellen Cohen naît en 1941 dans une famille juive de Baltimore et, petite, rêve de devenir chanteuse. Sa voix est incroyable, mais sa personnalité aussi excentrique qu'attachante cache une faille de taille : Ellen est boulimique. Et grosse. Trop grosse pour espérer un jour devenir une star. Pourtant, à 19 ans, elle devient Cass Elliot et connait la célébrité.

-JULIE MAROH "le bleu est une couleur chaude"
L'intrigue se déroule à Lille, à la fin du XXe siècle. À la mort de Clémentine, sa compagne Emma se rend chez les parents de la défunte, car Clémentine a demandé, dans ses dernières volontés, qu'Emma puisse avoir accès à son journal intime. Emma doit faire face à l'hostilité du père de Clémentine, tandis que la mère l'accueille plus aimablement. Le récit suit la lecture du journal de Clémentine : il retrace toute l'histoire de la relation entre les deux femmes, depuis sa rencontre avec Emma jusqu'au moment de sa mort. Le journal commence alors qu'elle est au lycée. Elle fait la rencontre d'un garçon, et tous deux se plaisent, mais peu après, Clémentine croise par hasard dans la rue une jeune fille aux cheveux bleus, au bras d'une autre femme. C'est le coup de foudre.
Adapté au cinéma sous le titre "la vie d'Adèle", palme d'or à Cannes.

et aussi :
-la série Paul de Michel Rabbagliati
-TANIGUCHI "quartier lointain" et " le journal de mon père"
-les bios de CATEL "Kiki de Montparnasse", "Rose Valland", "Olympe de Gouges", "ainsi soit Benoite Groult", "Josephine Baker"
-LUBIE LOU et MANON DESVEAUX "la fille dans l'écran"
-JULES ET TOM FRADET "branleurs"
-COURTOIS ET PHICIL "la france sur le pouce"
-ROCHETTE "le loup"
-CAMILLE JOURDY "Rosalie Blum"
-BOULET "la page blanche"
-BASTIEN VIVES "le gout du chlore" et "Polina"
-DAVID B. "l'ascension du haut mal"
-CYRIL PEDROSA "Portugal" et "3 ombres"
-SCOTT Mc CLOUD "le sculpteur"
-AJ DUNGO "in wave"
-JILIAN et MARIKO TAMAKI "cet été là"
-BRIAN VAUGHAN "pride of Baghdad"
-EMILY CAROL "speak"
-CRAIG THOMPSON "blankets" et "habibi"
-DAVID MAZZUCHHIELLI "Asterios Polyp"
-ALISSA TORRES "septembre en t'attendant"
-CHLOE  CRUCHAUDET "mauvais genre"
-ELODIE DURAND "la parenthèse"
-ALFRED "je ne mourrai pas gibier"
-GABRIEL BA "daytrippper"
-CHRIS WARE "Jimmy Korrigan"
-FOREST et TARDI "ici même"
-JIM et MERMOUX "l'invitation"

Publié dans lecture

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article