jeu, racisme, minneapolis usa...

Publié le par martine chiorino

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Eric Lang, est un auteur de jeu canadien noir.
Il a travaillé pour Fantasy Flight Games, WizKids, and CMON. Il a publié : RISING SUN, BLOOD RAGE, CHTULHU : DEATH MAY DIE, QUARRIORS, etc.

Voici les traductions de deux de ses posts récents sur FB.

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"C'est la seule citation de Martin Luther King que je ferai.
Et ceci précisément parce que, généralement, les blancHEs modéréEs picorent dans ses excellents discours à propos de la paix et de protestation non-violente pour étouffer toute discussion nuancée sur les émeutes, prises dans leur contexte global.

Il est si facile de dire "les émeutes, c'est mal" et s'éloigner en se sentant bien. Mais à moins que vous sentir bien soit votre seul but, peut-être que vous n'êtes pas dans la bonne conversation.

Les conversations à propos de la justice raciale sont désordonnées, douloureuses et inconfortables. Elles devraient l'être.

Elles n'existent pas pour renforcer votre croyance d'être une bonne personne car vous n'utilisez pas de discours "racialement chargé" et ne fermez pas les yeux sur la violence (parce que, devinez quoi, tout le monde fait ça dans les "bonnes" circonstances).

Et quand les personnes noires vous disent que les blancHEs modéréEs sont une part du problème, ce qu'elles veulent dire c'est que ce que vous communiquez est que vous accordez plus de valeur à votre confort, et à leur silence, plus qu'à la justice.

Je ne vous demande pas de changer votre façon de voir le monde ou vos visions politiques, mais je vous demande d'écouter. Soyez inconfortable pour un petit temps."

Post original :
https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10158124759705856&id=742100855

Citation de la citation de MLK :
(trad. http://indigenes-republique.fr/lettre-aux-blancs-moderes-a…/ ) :
"Tout d’abord je dois vous avouer que, ces dernières années, j’ai été gravement déçu par les Blancs modérés. J’en suis presque arrivé à la conclusion regrettable que le grand obstacle opposé aux Noirs en lutte pour leur liberté, ce n’est pas le membre du Conseil des citoyens blancs ni celui du Ku Klux Klan, mais le Blanc modéré qui est plus attaché à l’« ordre » qu’à la justice ; qui préfère une paix négative issue d’une absence de tensions à une paix positive issue d’une victoire de la justice ; qui répète constamment : « Je suis d’accord avec vous sur les objectifs, mais je ne peux approuver vos méthodes d’action directe » ; qui croit pouvoir fixer, en bon paternaliste, un calendrier pour la libération d’un autre homme ; qui cultive le mythe du « temps-qui-travaille-pour-vous » et conseille constamment au Noir d’attendre « un moment plus opportun ». La compréhension superficielle des gens de bonne volonté est plus frustrante que l’incompréhension totale des gens mal intentionnés. Une acceptation tiède est plus irritante qu’un refus pur et simple."

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Texte original d'Eric Lang:

J'adore Minneapolis, je l’ai visitée une douzaine de fois durant ma carrière. Depuis tout ce temps, je m’y suis fait tellement d’amis précieux, je me suis familiarisé intimement avec la ville et j'y ai vécu certaines de mes meilleures expériences de vie, professionnelles et autres.

J'ai également eu cinq interactions directes avec la police de Minneapolis, allant de très désagréable à l’arrêt cardiaque. Je vais vous en partager trois.

**Attention: discours haineux, violence potentielle**

Première rencontre:
Je marchais sur Hennepin Avenue un après-midi d’été, j'ai rencontré deux officiers à l'extérieur de mon restaurant préféré de poulet frit épicé. Ils semblaient jouer une variante complexe de roche-papier-ciseaux alors la curiosité s’empara de moi.

"Qu’est-ce que tu regardes?" demande un d’entre eux, me faisant prendre conscience que je les observais. Son langage corporel était assez hostile et je me suis retiré immédiatement. "Rien" j'ai répondu.

"Bouge" a-t-il dit. J'ai recommencé aussitôt à me diriger vers le restaurant, mais ils étaient placés entre l’endroit et moi, alors j'ai changé d'avis, je me suis retourné.

"Hey (le nom m’échappe)..." dit l'un des agents à l'autre en s'éloignant. "Quelle est la pire chose quand un couple de négros dans une Honda se fait renverser par un camion ?" (pause) "Y’aurait pu en rentrer plus!" (rire gras)

Je me suis dépêché de foutre le camp.

Deuxième rencontre:
Je faisais une promenade semi-régulière du bureau FFG au centre commercial Rosedale (environ 15 minutes à pieds, dans une zone que j’admets peu conviviale pour les piétons. Sans trottoir)

Marchant sur le côté gauche comme toujours, pour garder un œil sur la circulation entrante, j'ai été interrompu par le klaxon d'une voiture de police de Roseville. "Hey!"le policier conducteur appelant de sa fenêtre ouverte. J'ai traversé prudemment la rue pour m'approcher de la voiture.

"Qu'est-ce que tu fais ici?"

"Je suis en route vers le centre commercial."

"Pourquoi tu marches?"

"Je ne conduis pas."

Après un temps malaisant : " Tu viens d’où?"

Je ne m'attendais pas à la question, bégayant : "Euh, Ontario. Euh, Canada."

"Du Canada?" Il me regarde. "Tu es né là-bas?"

"Hum, oui?" Encore une pause inconfortable. “Je veux voir tes papiers."

Je lui ai montré mon certificat de naissance (au lieu d'un permis de conduire que je n'avais pas).

Après une lutte avec le document étranger: "C'est écrit Montréal. Tu as dit que tu es né au Canada."

"Hum oui c'est ça. Montréal, c'est au Canada." Un temps. " C’est au Québec, au Nord."

Il n'était clairement pas fan de mon ton et m’a regardé de la manière la plus intense dont je puisse me souvenir.

Après, il a grogné. "Tu es du mauvais côté de la route. Bouge." Et ils sont partis.

Ce que je n’ai pas capté à l'époque, c'est qu'il y avait au moins trois autres personnes en vue, qui marchaient la même route vers le centre commercial. Personne d'autre n'a été accosté.

Troisième rencontre:
Après une longue promenade printanière dans l'incroyable région du lac de Roseville, je suis retourné au bureau FFG (un entrepôt à l'époque) pour retrouver mon ami (chez qui je logeais) pour rentrer à la maison. Bien sûr, comme il m’arrive souvent, je rêvassais en me promenant et je suis rentré beaucoup trop tard. Le soleil se couchait et la voiture de mon ami n'était pas dans le parking.

Bêtement, j’ai marché vers la porte d'entrée, essayant de l’ouvrir plusieurs fois. Verrouillée. Regardant par la fenêtre pour voir si des lumières étaient allumées, puis allant vers une fenêtre latérale pour regarder à l'intérieur.

Je n'ai pas entendu la voiture de police approcher jusqu'à ce que la portière claque.

"Éloignes-toi de la fenêtre!" commanda le policier...la main sur son étui de pistolet.

Je n’avais jamais vécu une telle expérience de toute ma vie. Je me suis figé, avec un mal de coeur instantané.

"Qu'est-ce que tu fais ici?"

"Je, hum, mon ami était censé m'emmener." J’ai dis quelque chose du genre, probablement encore moins cohérent.

"Ouvre ton sac à dos."

Bon, tout ceux qui me connaissent savent que je n’ai pas le meilleur contrôle moteur aux meilleurs moments. Je peux seulement imaginer à quel point j’ai paru maladroit en enlevant le sac à dos de mes épaules.

J’ai dû faire un geste qui les a énervés. Le deuxième officier a écarté ses jambes et j'ai entendu son étui s'ouvrir.

À ce moment-là, j'étais convaincu que j'allais mourir. Je me suis chié dessus, laissant tomber le sac sur le sol.

D'une façon ou d'une autre, ne me demandez pas comment, mon langage corporel sans défense a dû désamorcer la situation et aucune arme n'a été sortie. Leurs mains n'ont jamais quitté leurs étuis, cependant. Ils m'ont fouillé, l'officier numéro deux a vidé mon sac, pris mon passeport. Ils m'ont posé une série de questions qui m'échappent et j'ai répondu avec des mots dont je ne me souviens pas.

"Plutôt stupide de rôder autour d’une propriété privée comme ça" a-t-il dit après que je me sois un peu calmé. J’étais généralement vêtu tout en noir à l'époque, j’ai pensé que c’est ce qu’il voulait dire.

"Oui monsieur" répondis-je. Et après quelques autres échanges que j’ai oublié, ils m'ont laissé partir, me suivant pendant une dizaine de minutes (sur les 45 minutes de
marche de la maison de mon ami) avant de disparaître.

J'ai parlé de ces rencontres à très peu d'amis, supposant pendant de nombreuses années que j’avais agit de manière imprudente et que je ne devais pas me promener seul ou trouver un moyen de m'habiller de manière moins suspecte.

Minneapolis je t’adore. Et tu as un problème. Tu as besoin d'aide.

Que pouvons nous faire?

Publié dans jeu

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