prenez la pose et voguez ! 2/2

Publié le par martine chiorino

prenez la pose et voguez ! 2/2

Nous avons craqué sur la (très excellente) série POSE, sur le thème du voguing et de la communauté gay/trans aux USA, un sujet rarement exploité tant au cinéma que sur le petit écran. Après un article sur  ce qui a déjà été fait sur le sujet (LIEN en bas) et avant de vous parler de POSE, (re)voyons un peu ce que c'est que le voguing !

Apparu dans les années 1970 parmi la communauté transgenre et gay des afro et latino-américains, le voguing est une danse caractérisée par la pose-mannequin, comme vue dans le magazine américain Vogue durant les années 1960 et lors des défilés de mode, avec des mouvements angulaires, linéaires et rigides du corps, des bras et des jambes.
Les danseurs se regroupent en équipes appelées "houses" (maisons). Ces équipes se retrouvent, et s'affrontent en chorégraphie, lors d’événements, les "balls". Les houses portent le plus souvent des noms de maisons de couture ou marques de luxe. Les houses sont aussi des lieux de vie communautaire pour des jeunes souvent exclus car gays, travestis ou trans, et sont dirigées par des "mères". C'est ce que raconte très bien l'excellente série "pose".

Pose est une série télévisée américaine comprenant deux saisons de 8 et 10 épisodes, créée par Ryan Murphy, Brad Falchuk et Steven Canals. Elle  a été renouvelée pour une 3ème saison.

Ryan Murphy est un scénariste, réalisateur et producteur américain. Après des études de journalisme, il s'est lancé dans l'écriture de scénarios. Révélé par la série télévisée Nip/Tuck, il obtient la consécration comme cocréateur des séries Glee et American Horror Story, qui remportent de nombreux prix (d'ailleurs si vous avez aimé Glee, Pose est pour vous !). Il a écrit et réalisé deux longs métrages pour le cinéma, Courir avec des ciseaux (2006) et Mange, prie, aime (2010).
Ouvertement homosexuel (il est marié et a eu deux enfants par mère porteuse) il milite contre le sida et pour les droits des gays. En 2017 il lance "the half initiative " (l'initiative à moitié) dont le but est de rendre Hollywood ('industrie du cinéma) plus inclusive pour les femmes et les minorités (les rendre plus présentes derrière les caméras).

Pose explore le New York de la fin des années 1980, à l'aube de l'épidémie du sida, qui est un thème majeur de la série (voir ce qu'est Hart Island plus bas). La série aborde également l'émergence des scènes culturelles underground/queer noire et latino comme la Ball culture, la vie des quartiers populaires et l'arrivée du monde du luxe à l'aube de l'ère Trump. La série suit notamment Blanca Rodriguez, une femme trans, membre de la maison Abundance dirigée par la très froide Elektra, maison qui est considérée comme imbattable lors des bals. Néanmoins, Blanca décide de quitter Abundance, pour échapper au comportement égocentrique d'Elektra et pour ouvrir sa propre maison et concourir lors des bals, la maison Evangelista. Elle prend sous son aile Damon Richards, un jeune homosexuel à la rue depuis la découverte de son orientation sexuelle par ses parents, qui rêve de devenir danseur professionnel. Elle devient aussi la mère d'Angel, également une ancienne membre de la maison Abundance et qui est amoureuse d'un homme marié travaillant à la Trump Tower.

Pose est surtout réussie dans son portrait de la communauté noire, gay et trans, narrant avec acuité et humour les parcours humains difficiles de jeunes souvent à la rue après le rejet de leurs familles. Plusieurs actrices transsexuelles jouent excellemment des rôles sincères où le thème de la transition est habilement abordé. La fragilité des communautés noire et latino face à l'épidémie du sida est aussi parfaitement montrée.

Dans l'épisode 1 de la saison 2, Blanca se rend sur Hart Island, une ile de l'archipel des iles Pelham, situé au large du Bronx, ou sont enterrés les indigents, enfants morts nés ou personnes non-réclamées voire non identifiées ("potter's field" en  anglais). D'une longueur de 1,6 km pour une largeur de 400 mètres, avec une superficie de 53 ha, elle abrite le plus grand cimetière de la ville de New York, et surement le plus grand au monde. Plus d'un million de personnes y ont été inhumées depuis sa création il y a 150 ans (avril 1869). C'est en fait une fosse commune, ce qui n'existe plus en France.
L'ile est gérée par l'administration qui s'occupe des prisons (New York City Department of Correction). Les enterrements sont faits par des prisonniers venant du pénitencier de Rikers Island. Jusqu'à très récemment (2015) il était interdit de se rendre sur l'ile, même si un proche y était enterré. Maintenant, suite à une décision de justice, une fois par mois, une visite est possible pour les familles, mais les photos sont interdites.
L'ile est surement la plus grande sépulture de masse de personnes mortes du sida. Dans les années 80/90 plus de 100 000 personnes sont mortes du sida à New York, le quart des morts dans tout le pays. Les corps n'étaient pas réclamés par des proches ou les entreprises de pompes funèbres privées refusaient de s'en occuper.
A l'extrémité sud, les tous premiers morts du sida, 17 personnes anonymes (1 bébé, 16 adultes), sont isolés et enterrés individuellement (ce qui n'arrive jamais sur Hart island), à une très grande profondeur (5m contre 1m pour les fosses communes, qui contiennent 150 corps pour les adultes et 1000 pour les enfants) pour qu'elles ne "contaminent pas les autres corps". C'est ce qui avait été avancé à l'époque (1985) car la maladie était méconnue, en particulier son mode de transmission, et elle terrorisait tout le monde.
Une artiste, Melinda Hunt, a créé le Hart Island Project en 1990, qui mène un projet d'identification des corps sur Hart Island. Sur le site du projet, vous pouvez consulter le Traveling cloud museum, une collection d'histoires sur des gens enterrés là. Chaque personne a une horloge qui mesure le temps depuis lequel elle est enterrée anonymement. Une partie du projet (AIDS initiative) est dédié aux personnes mortes du sida. Vous pouvez voir leurs tombes sur un film réalisé en 2018 par un drone qui a survolé l'ile. Une croix a été installée au sol par les visiteurs, qui déposent des cailloux en forme de coeur en souvenir de leurs disparus, comme on le voit dans la série.
LIEN site en bas

 

vue des tombes des 17 morts du sida / 3 extraits de l'épisode
vue des tombes des 17 morts du sida / 3 extraits de l'épisode
vue des tombes des 17 morts du sida / 3 extraits de l'épisode
vue des tombes des 17 morts du sida / 3 extraits de l'épisode

vue des tombes des 17 morts du sida / 3 extraits de l'épisode

Pose est interprétée par la plus grande distribution d'acteurs transgenres de l'histoire de la télévision. En plus des cinq actrices principales transgenres (en tête MJ Rodriguez/ Blanca, Indya More/Angel, Dominique Jackson/Elektra), la série introduit le long des huit épisodes de sa 1ère saison plusieurs autres personnages secondaires trans interprété par des actrices trans. Le reste du casting est à la hauteur avec tout d'abord Billy Porter qui excelle dans le rôle de Pray Tell, le speaker des battles dans les balls. Son interprétation lui vaut de devenir le premier acteur afro-américain et ouvertement homosexuel à remporter le Emmy Award du meilleur acteur dans une série télévisée dramatique. Le reste du casting ne démérite pas avec des pointures comme Evan Peters (vif argent dans les X-men) et Chris Meloni (NY unité spéciale, Oz, Scrubs), respectivement les amants d'Angel et Elektra.

La série a reçu un excellent score sur l'agrégateur de critiques Rotten Tomatoes, recueillant 96 % de critiques positives, avec une note moyenne de 7,65/10 sur la base de 49 critiques collectées. Sur Metacritic, la série reçoit une note de 75/100 basée sur 27 critiques collectées.
Le consensus critique est que la série est pleine d'énergie, d'équilibre et de confiance.
La série est décrite comme bienveillante et réaliste par la communauté voguing.

Elle est ce qu'il y a eu de meilleur à la télévision en 2018 d'après Vice. L'accueil dans la presse française est également très positif. Télérama parle d'un « mélange de comédie débordant d’une joie contagieuse et de drame intimiste douloureux » et salue « la plus large distribution transgenre de l’histoire des séries ». Dans Libération, Florian Bardou explique que malgré un scenario sans extravagance, la série rend hommage à une culture avant-gardiste qui avait été « rayée de l’histoire officielle du mouvement LGBT », et réhabilite des héros et héroïnes oubliés.

Publié dans série

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