art et MP#47 et j'l'écoute en boucle # 36 : la retirada, ça fait 80 ans !

Publié le par martine chiorino

art et MP#47 et j'l'écoute en boucle # 36 : la retirada, ça fait 80 ans !

Il y a 80 ans, la ville de Barcelone tombe aux mains des franquistes provoquant l'exil de centaines de milliers de républicains espagnols. La guerre civile touche à sa fin jetant sur les routes les vaincus. Barcelone, dernier bastion des républicains, tombe le 26 janvier 1939, 3 ans après le début de la guerre civile. Les Catalans et les réfugiés venus de toute l'Espagne n'ont plus pour horizon que la frontière française, ultime espoir d'échapper à la répression et au joug du Caudillo.
C'est la Retirada (retraite).
Près de 500.000 espagnols cherchent refuge en France entre le 28 janvier et le 5 février. Les femmes et les enfants sont expédiés dans les départements français, les hommes dans des camps dits «de concentration» construits de leurs mains. Sur les plages d'Argelès-sur-Mer, Barcarès et Saint-Cyprien poussent ainsi des baraquements sommaires. D'autres sont montés à la hâte dans les montagnes puis plus loin dans les terres : Vernet d'Ariège, Septfonds, Rieucros, Gurs, Bram, Agde.
Beaucoup d’exilés s’engagent ensuite dans la légion étrangère ou dans la résistance lors de la Seconde Guerre mondiale.

Dans toute la France, en cette année 2019 des commémorations ont lieu : de Toulouse à Tarascon sur Ariège, près du camp du Vernet...site que nous avons visité.
Le programme d'art contemporain "je suis né étranger / retirada 2019" piloté par les Abattoirs de Toulouse en est un exemple phare.

Prenant comme point de départ l’exposition Picasso et l’exil : une histoire de l’art espagnol en résistance (site des Abattoirs du 15 mars au 25 août 2019), le programme je suis né étranger, composé de plus de 60 artistes, à parité, de 29 nationalités différentes, revient sur ce pan de l’histoire,  et questionne à la lumière de l’actualité, la création et la vie en exil.
“Né.e.s de l’exil”, “Marcher pour vivre”, “Paysages de l’exil” et “La Traversée” sont les quatre grands thèmes développés dans cet ensemble de vingt-cinq expositions.
programme complet, lien TOUT EN BAS.

"Naît-on étranger ou le devient-on ? Pour qui est-on un étranger ? Si beaucoup de départs sont dictés par le cours de l’histoire, lorsque nous voyageons, que ce soit pour la vie ou pour une heure, nous pouvons tous ressentir ce qu’est être “un étranger parmi les hommes” (Albert Camus)".

Pour les lecteurs de BD, la guerre d’Espagne évoque forcément ces chefs d’oeuvre que sont Les Phalanges de l’Ordre noir de Christin et Bilal et le Paracuellos de Carlos Gimenez. Et plus récente, la série Mattéo de Jean-Pierre Gibrat, ou la trilogie Max Fridman de Giardino. La liste est longue des BD consacrées à ce dramatique moment de l’histoire., et la Retirada y est largement traitée…
-En commençant par D’Ailleurs d’Alain Munoz, qui retrace le périple des réfugiés espagnols à travers le récit d’Antonio, qui fut l’un de ces « oubliés » contraints de fuir leur terre natale pour la France. Mais qui, comme tant d’autres, n’a jamais pu considérer ce pays que comme un « refuge », une « cachette ».
-Lapière et Torrents avec Le Convoi racontent à travers les yeux d'un survivant : Angelita, qui vit à Montpellier en 1975, doit se rendre à Barcelone où sa mère est hospitalisée. Dans le train qui la mène vers Barcelone, elle découvre à travers les souvenirs de son beau-père la véritable histoire de ses parents et de leur exil à travers les Pyrénées, puis leur vie dans les camps des Pyrénées-Orientales.
-Exil de Henri Fabuel et Jean-Marie Minguez (tous deux d’origine espagnole) rendent hommage à ces femmes et ces hommes qui, fuyant les horreurs de la guerre, trouvèrent un nouveau calvaire dans l’exil. Francisco vit à Perpignan et attend la venue de ses enfants un soir de Noël, lorsque la neige qui tombe le replonge dans des souvenirs douloureux.
-Dolorès de Bruno Loth : Pourquoi la mère de Nathalie, pourtant sujette à des trous de mémoire, se met-elle à parler espagnol ? Et pourquoi souhaite-t-elle se faire appeler Dolorès ? Pour répondre à ces questions, Nathalie décide d’enquêter sur le passé de sa mère en Espagne : aurait-elle été l’un de ces 70 000 enfants qui ont fui Franco et la guerre lors de la Retirada ?
(Comme Alicia dont vous pouvez lire l'histoire ci-dessous).

-Et pour finir, notre préférée, que nous vous conseillons absolument :
L’ange de la Retirada (2010, 6 Pieds sous Terre) est un one-shot signé Serguei Dounovetz et Paco Roca, le récit passe par l'histoire de Victoria, une jeune fille de Béziers d’origine espagnole, dont les grands parents ont fuit en France pendant la Retirada. Elle aime à s’isoler dans un grenier de son immeuble, où elle est visitée par l’esprit de ceux d’autrefois, dont un mystérieux Angel, spectre d'un militant anarchiste. Elle fréquente la colonie espagnole, l'association fondée par des exilés. C’est notamment lors d’un pique-nique sur la plage d’Argelès-sur-Mer que ses pensées vont rejoindre celles des milliers d’exilés ayant vécu de si dramatiques événements sur le sable de cette même plage…
Paco Roca a déjà fait en 2007  Le Phare, sur le même thème :
Fin de la guerre  d'Espagne : Francisco, jeune soldat républicain de 18 ans, essaye d'atteindre la frontière française pour sauver sa vie. Blessé, il arrive à un phare perdu sur un rocher isolé. Telmo, le vieux gardien et seul habitant des lieux le recueille. Le gardien est un original qui vît dans son propre monde. Avec ses histoires de marin découvrant des endroits merveilleux, Telmo essaye de redonner le goût de vivre au jeune soldat.
Serguei Dounovetz est un auteur de polar parisien vivant actuellement à Montpellier.

En même temps que cette BD, par une étonnante coïncidence, est sorti un CD parcouru par le souvenir de la Retirada.
Le saxophoniste Pierre Diaz entouré des musiciennes montpelliéraines du trio Zéphyr a publié Jours de vent chez Harmonia Mundi.
La mère de Pierre Diaz, Paquita, avait alors 11 ans lorsqu'elle a franchi la frontière avec les hordes de réfugiés.
La chanson Abuela évoque notamment la Ratirada, au mileu d'ambiances sinueuses et de cordes mélancoliques pour un album tantôt lyrique, tantôt songeur.
Pierre Diaz a également monté un spectacle en 2012 intitulé : Retirada, fils de réfugié.

 

Alicia, petite fille amputée traverse la frontière

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