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Publié le par martine chiorino

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L'hiver est fini, du moins officiellement vu que c'est le printemps...(mais ici en fait il fait encore vraiment froid !)
Bref, du coup la chronique d'un bouquin venu du froid et lu d'une traite hier :
TRAGEDIE A L'EVEREST (into thin air) de JON KRAKAUER (1997)

Jon Krakauer a aussi écrit "into the wild" " Voyage au bout de la solitude" sur le destin de Christopher McCandless, jeune américain qui mourra en Alaska après une intoxication par des plantes, livre d'où a été tiré le superbe film de Sean Penn.
Ayant adoré ce film, j'avais acheté le livre que j'avais beaucoup apprécié.
Et il se trouve que le film EVEREST (2015) qui raconte la même histoire que "into thin air" est passé à la télé, et j'ai donc décidé d'acheter cet autre livre de Krakauer.

Jon Krakauer est un écrivain et alpiniste américain, sa notoriété provient notamment de "into the thin air" qui raconte les événements qui se sont produits lors de son ascension de l'Everest en mai 1996 et qui ont conduit à la mort de cinq personnes dont trois guides professionnels (faits connus sous le nom de "everest desaster").

Deux autres ouvrages ont été écrit sur cette histoire, "the climb"par un nègre ou"ghostwriter" pour Anatoli Boukreev (guide professionnel ) et "laissé pour mort à l’Everest" par Beck Weathers (client). C'est en fait de ce dernier ouvrage que le film Everest est tiré. A noter que ce livre n'a été traduit en français qu'en 2015, justement pour la sortie du film.
Une vive controverse a éclaté avec le guide Anatoli Boukreev (décédé depuis) qui a écrit son livre (jamais traduit en français) en réponse à Krakauer et dont le récit diffère sur de nombreux points (pour être gentille). Le principal point d'achoppement reste le fait que Boukreev soit redescendu seul sans attendre ses clients considérant que son travail n'était pas de les accompagner mais de les "coacher"-quoi que ceci veuille dire.
Petite précision : Boukreev travaillait pour une autre expédition que celle de Krakauer.
Si vous voulez avoir l'éclairage d'un pro, écoutez l'avis de Rheinold Messner lien en bas.

"into thin air" été adapté en 1997, dans le téléfilm Mort sur le toit du monde (Into Thin Air : Death on Everest). Ce film réalisé par Robert Markowitz conserve le point de vue de Jon Krakauer sur les événements même si des détails diffèrent .
Le film de 2015 Everest de Baltasar Kormákur, lui, a été critiqué par Jon Krakauer : certaines scènes du film n'auraient pas eu lieu.

Bref, une fois ces précisions données, revenons au bouquin lui-même !
Cette histoire fait écho au récent (au moment ou j'écris) sauvetage de l'alpiniste française Elisabeth Revol, qui a abandonné son collègue et dont l'histoire a beaucoup fait parler : c'est intéressant de voir que 20 ans après certaines choses ne changent pas ou peu et que ce que dit Krakauer est toujours d'actualité.
D'ailleurs il a du écrire autant après la sortie de son bouquin que pour publier le livre lui-même, vu le nombre de polémiques dans lesquelles il s'est trouvé entrainé !
Et pourtant c'est avant tout un récit journalistique, donc factuel, même si Krakauer a une vraie patte et une voix bien à lui.
On découvrait la réalité (bien connue aujourd'hui) cachée derrière l'ascension du toit du monde : la saleté, les ordures laissées partout sur la montagne, les cadavres abandonnés sur place (la fameuse rainbow valley), la surenchère commerciale, le mépris de la vie humaine, les participants complètement néophytes donc qui se mettent en danger et mettent aussi les autres en danger, les files d'attente, le manque de solidarité, les guides (c'est à dire les entreprises) qui se tirent la bourre, etc.
Pour illustrer cela, quelques chiffres de 1996 : rien qu'en mai 500 personnes tentent l'ascension, et sur l'année seulement 95 atteignent le sommet, 15 meurent dont 8 lors de la tempête des 10/11 mai.
Mais ce récit va bien au-delà d'un simple état des lieux : Krakauer, qui a du métier, nous rend habilement tout ça très vivant et présent, sans pathos ni surenchère, et nous dresse des portraits bien campés des protagonistes et déroule un récit sans fard des évènements (des clients abandonnés à eux-même, des guides trop mal en point pour assurer la sécurité des dits clients, des règles de sécurité pas respectées, un mauvais timing,etc).
Ainsi, il nous donne par petites touches des pistes de réflexion sur ces questions un peu bateaux telles que : la conquête de l'inutile, le dépassement de soi, la prise de risque, etc.
Bref, un bouquin d'une grande force et d'une belle épaisseur écrit à partir d'une expérience personnelle pour le moins tragique.

Publié dans lecture, cinéma

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